- EUROGIN 2016 -

Du 15 au 18 juin dernier, s’est tenu, à Salzbourg en Autriche, l’un des évènements les plus importants dans le domaine de la recherche contre les infections par le virus du Papilloma Humain (HPV) et les cancers qui y sont liés : le congrés interdisciplinaire international EUROGIN 2016.

- Prévention des lésions précancéreuses -

L’un des sujets traités est celui de la prévention des lésions précancéreuses. Il existe un groupe de patientes pouvant être étiquetées comme porteuses chroniques du HPV, chez qui l’élimination (clairance) du virus se produisant normalement dans la majorité des cas n’a pas eu lieu, et que l’on considère donc à haut risque de développer des lésions précancéreuses du col de l’utérus [1].Ce groupe de femmes, séropositives HPV (présence du HPV dans le mucus cervical ou anal) ne sont pas véritablement infectées. Etre infectée représente une étape supplémentaire par rapport à la présence virale, cela signifie que le virus s’est intégré dans l’épithélium cervical, et a colonisé ses cellules.

 

Les experts avancent 4 hypothèses pour expliquer l’élimination ou la persistance du virus et sa capacité à coloniser les cellules du col utérin :

- Le type viral : c’est la variable la mieux connue, conditionnant la capacité d’intégration cellulaire et le risque oncologique associé. Les types 16 et 18 dominent clairement ce risque [2].

 

- L’état immunitaire de l’hôte, est également une variable bien connue. Le haut risque des patients immunodéprimés à développer des lésions HPV-dépendantes [3] est bien établi. Des publications récentes ont montré une très forte corrélation entre l’état immunitaire de la patiente et la persistance des types de virus de plus haut risque [4]. Améliorer l’état immunitaire local, dans la zone d’action du HPV, pourrait être une stratégie pour faciliter l’élimination du HPV.

- L’équilibre du microbiote vaginal, el dont dépend la santé vaginale. Des résultats récents suggèrent de façon claire que cet équilibre conditionne la pathogenèse du cancer du col de l’utérus, toujours HPV dépendant [5]. (Figura 2).

 

- La structure histologique de l’ectocervix uterin : le virus HPV a besoin de s’intégrer dans des cellules en activité mitotique [6]. Les cellules de la « zone de transformation » du col de l’utérus, en plein processus métaplasique de réépithélisation remplissent cette condition et sont donc des cibles idéales pour l’ancrage du HPV (Figure 1). Par conséquent, un col bien épithélisé par un épithélium squameux, présentant une « zone de transformation » d’extension limitée ou inexistante offrirait un terrain peu propice à la colonisation inclusive (à potentiel oncogène) par du HPV.

Epithélium glandulaire endocervical

Jonction squamo-cylindrique

Epithelium métaplasique

Figure 1: 

Adapté de A. Amador-Molina Viruses 2013, 5, 2624-2642; doi:10.3390/v5112624

La stratégie du HPV est principalement de diminuer la réponse pro-inflammatoire dans les kératinocytes cervicaux.

Figure 2: 

Adapté de Maria Kyrgiou  Translational Research DOI:(10.1016/j.trsl.2016.07.004)

Le microbiote vaginal pourrait jouer un rôle fonctionnel dans l’acquisition et la persistance du HPV.

Figure 3:

 

L’épithélium metaplasique, provenant de la prolifération et différenciation squameuse des cellules de réserve et par son activité mitotique, constitue une cible idéale pour l’ancrage du  HPV.

Effets bénéfiques d’un gel vaginal contenant du Coriolus versicolor sur l’épithélisation des lésions cervicales, le microbiote vaginal et la santé vaginale :

étude pilote chez des patientes asymptomatiques

Ce gel est notamment composé de nombreux ingrédients d’origine naturelle, en particulier  acide hyaluronique, Coriolus versicolor, Centella asiatica, Azadirachta indica (Neem) et Aloe vera,  certains sous forme de nyosomes et de phytosomes, permettant son usage en tant qu’hydratant et réparateur de la muqueuse vaginale.

 

Le concept de « santé vaginale » défini comme l’état physiologique du vagin, qui ne présente aucun symptôme local et permet une vie sexuelle satisfaisante, sans perturbations du microbiote et du microenvironnement vaginal, a connu récemment un regain d’intérêt et a été étendu aux femmes asymptomatiques. En effet, il a été démontré que certaines de ces femmes, présentaient des altérations de l’épithélisation du col et du microbiote vaginal.

 

 L’objectif de cette étude, présentée par le Dr Dexeus, était d’évaluer le degré de réépithélisation de l’épithélium cervical après 12 jours d’application vaginale d’un gel à base de Coriolus versicolor (CV), Papilocare®, chez des femmes asymptomatiques.

Une étude exploratoire, non comparative, prospective et observationnelle, a été conduite sur 21 femmes sans symptômes vaginaux cliniques et avec un frottis normal, âgées de 18 à 45 ans, avec des altérations de l’épithélisation cervicale. Les patientes ont été incluses à l’occasion d’un examen clinique de routine. Chaque patiente s’est vue prescrire l’application d’un gel chaque soir avant le coucher, pendant 12 jours consécutifs. 

Le degré d’épithélisation de la muqueuse cervicale a été évalué par colposcopie standard. Les lésions ont été évaluées par l’investigateur sur la base d’un score d’épithélisation ectopial (de 5 = pas d’ectopie à 1 = ectopie sévère avec saignements) avant et après les 12 jours d’administration du gel vaginal.

 

21 patientes (âge moyen 32,6 ans, âgées de 20 à 43 ans) ont été évaluées. Papilocare® a montré un effet positif dans l’amélioration de la réépithélisation de la muqueuse cervicale : le score colposcopique final s’est amélioré de 43% vs inclusion (3.09 vs 4.42 inclusion vs final ; p<0.0001). A la fin de l’étude, 95,3% des patientes ont amélioré leur degré d’épithélisation et un score de 5 a été observé chez 11 femmes sur 20 (52.4%) - Figures 1 et 2.

 

Dans le cadre de cette étude exploratoire prospective, 10 patientes (agées de 20 à 43 ans, âge moyen 32,8 ans) cliniquement asymptomatiques ont été incluses pour évaluer la qualité du microbiote vaginal (test de Vaginal Status développé par l’Institut für Mikroökologie* puis gradué par l’investigateur avec une échelle de Likert sur 5 niveaux (de 1 = détérioration très sévère à 5 = normal), à l’inclusion et après l’application quotidienne du gel au coucher, durant 12 jours consécutifs. Papilocare® a montré une tendance à l’amélioration de l’état du microbiote vaginal : la moyenne finale de l’échelle de Likert s’est améliorée de 21,2% vs inclusion (3,3 vs 4,0 inclusion vs final ; p : NS) - Figure 3.

95% des patientes

ont amelioré leur degré d’épithélisation

et 

52% sont revenues 

à la normale

Figure 1: 

Effet de Papilocare sur la réépithelisation cervicale.

Figure 2: 

Photographies de colposcopies de 3 patientes avant et après application du gel Papilocare®, sur lesquelles des changements d’épithélisation du col ont été observées.

Figure 3: 

Résultats de microbiote vaginal et indice de santé vaginale.

REFERENCeS

1. Castellsagué X, Iftner T, Roura E, Vidart JA, Kjaer SK, Bosch FX et al. Prevalence and genotype distribution of human papillomavirus infection of the cervix in Spain: the CLEOPATRE study. J Med Virol. 2012;84:947-56.

2.  Moscicki AB, Schiffman M, Burchell A, Albero G, Giuliano AR, Goodman MT et al. Updating the natural history of human papillomavirus and anogenital cancers. Vaccine. 2012; 30Suppl 5:F24-33.

 

3. Torné A, del Pino M, Cusidó M, Alameda F, Andia D, Castellsagué X et al. Guía de Cribado del Cáncer de Cuello de Útero en España, 2014. Prog Obstet Ginecol 2014; 57(Supl. 1):1-53.

 

4. Reid JL, Wright TC Jr, Stoler MH, Cuzick J, Castle PE, Dockter J. et al. Human Papillomavirus Oncogenic mRNA Testing for Cervical Cancer Screening: Baseline and Longitudinal Results From the CLEAR Study. Am J Clin Pathol. 2015; 144:473-83.

 

5. Curso de Colposcopia de la Asociación Española de Patología Cervical y Colposcopia. Disponible en http://www.aepcc.org/ Acceso: 07/09/15.

 

6. Egawa N, Egawa K, Griffin H and Doorbar J. Human Papillomaviruses: Epithelial Tropisms and the Development of Neoplasia. Viruses. 2015; 7:3863-90.

 

7. Palacios S.: Pilot study to evaluate the effect of a Coriolus versicolor based vaginal gel on the epithelialization of the cervix lesions. Poster. 30th International Papillomavirus Conference. Septiembre 17-21, 2015. Lisboa. Portugal.